Regarder un film en VO

Il est souvent difficile de savoir à quel moment il faut commencer à lire un livre en langue originale ou regarder un film ou une série en VO. Je n’aurais pas besoin d’écrire un long article pour vous dire pourquoi : si vous vous posez la question c’est qu’il est temps de vous y mettre. Quoi, ma certitude ne suffit pas à vous convaincre? Mon charisme naturel ne rend pas bien sur votre écran ? Vous ne vous en croyez pas capable ? Ne vous inquiétez pas et continuez à lire…

Il y a tant de choses que je n’arrive pas à comprendre…

Dans un des mes cours particuliers, j’aidais un enfant français vivant à l’étranger à lire et à écrire dans la langue de Racine. Après avoir passé un an à voir avec lui une à une les règles de grammaire, j’ai décidé qu’il était temps de se mettre à lire un « bibliothèques rose » : Le clan des sept. Je n’étais pas sûr de la réussite de mon plan, tant le vocabulaire et la grammaire des traductions des livres de Blyton étaient à des années lumières du français qu’il apprenait. Mes peurs se sont réalisées ; à chaque fois ou presque que je lui demandais l’explication d’un mot ou d’un élément grammatical, il me regardait avec de grands yeux ronds en haussant les épaules. Je finis le cours un petit peu déprimé, comme après une journée de travail mal fait, quand il me dit soudain : « je peux continuer à lire tout seul à la maison? ».

Le soir, je me suis souvenu que quand ma mère me lisait ces mêmes histoires, je ne comprenais pas tout ce qu’elle me racontait, j’étais juste bercé par sa voix à la lumière de la veilleuse, sans aucune exigence de ce que je devais comprendre ou non. Nous avons, pour la plupart d’entre nous été éduqués dans une peur profonde de l’échec, souvent couplée d’un besoin de tout contrôler. Cette peur nous a souvent poussé à ne sortir que très rarement de notre zone de confort. Et quand bien même nous le faisons, nous passons notre temps à nous donner de bonnes raisons pour retourner là où nous nous sentons plus en sécurité.

Soyez un enfant de 7 ans !

La lecture du premier bibliothèque rose fut sans doute l’une des plus grandes réussites intellectuelles de notre vie. Nous l’avons trop souvent oublié. Si vous trouvez qu’apprendre une langue est un processus difficile, rappelez-vous que nous l’avons tous fait étant enfant. Quand un enfant de CP dit qu’il est trop difficile de lire, qu’il n’y arrivera jamais, il est le plus souvent renvoyé sèchement à ses études. Or, beaucoup d’entre nous ont vraiment vécu l’apprentissage de la lecture comme une épreuve insurmontable. Même si nous avons de nombreuses fois fait face à l’échec, nous avons tous fini par réussir (c’est du moins votre cas si vous êtes en train de lire cet article). Vous n’êtes plus un enfant de 7 ans, votre mère n’est probablement plus là pour vous dire de faire vos devoirs. Il faut donc être votre propre tuteur. Si vous vous posez la question si il est temps de voir un film en vo sans les sous-titres ou de lire un livre en langue originale, écoutez cette voix et mettez vous-y dès maintenant.

Je fais partie de la catégorie des personnes que l’on appelle vulgairement les feignants. Ainsi, il m’est souvent arrivé, surtout en chinois, de lire les premières pages d’un livre pour finir par le laisser sur le coin de mon bureau et finir par le ranger dans son étagère au bout de quelques semaines. Une expérience similaire vous est sans doute déjà arrivée. Ce dont il faut bien se rendre compte, c’est du sésame qu’il existe au bout du livre que vous lisez, du film que vous regardez. Quand vous l’aurez terminé, le prochain sera moins compliqué, vous comprendrez plus, et, plus important, vous y prendrez toujours et toujours plus de plaisir.

Lire un livre ou voir un film en V.O, c’est la dernière étape vers la maîtrise de la langue, celle où tous vos efforts vont finir par être récompensés (du moins au niveau de la compréhension, mais l’expression finit toujours par suivre). C’est aussi le moment où vous allez continuer à apprendre sans vous en rendre compte, en lisant simplement un bon livre ou en regardant la télévision. C’est ce que j’appelle le haut de la montagne. Cela vaut bien un tout petit peu de sévérité au début n’est-ce pas ? Quitte à vous renvoyer dans votre chambre quand votre petit enfant intérieur vous dira : « C’est trop dur, j’y arrive pas ».

Je vous vois froncer des sourcils. Suffit-il, pour un débutant, de lire un livre sur l’eucharistie au XVIe siècle en espagnol pour devenir bilingue me demandera le lecteur narcissique ? Bien sur que non, il vous faudra vous rendre compte si la difficulté de lecture résulte du fait que vous êtes hors de votre zone de confort ou si vous êtes juste dans les choux.

Ile soir

Le syndrome Robinson Crusoé

Je vous ai parlé de l’accomplissement exceptionnel que procure la lecture du premier bibliothèque rose. Laissez moi maintenant vous parler d’une expérience opposée mais pas contradictoire. En CE2, notre maîtresse nous avait donné comme tâche de lire un livre toutes les deux semaines. Il y en avait un que personne n’osait prendre, car la maîtresse nous avait dit à quel point il était difficile: Robinson Crusoé. Ne doutant de rien, et sans un certain snobisme envers mes camarades, j’ai décidé de me lancer à la tâche. J’aurais très vite du me rendre à l’évidence que ce livre était bien trop difficile pour moi. Au lieu de ça, j’ai préféré m’acharner bêtement à lire un livre que je ne comprenais pas du tout. Pendant des journées entières, je regardais les pages dans le vide assis sur mon bureau à construire un sentiment d’échec et d’impuissance. Cette expérience banale a été pour moi un vrai traumatisme, à tel point que j’ai mis quatre ans à relire un roman et plus d’une dizaine à aimer la littérature.

Que nous apprend cette petite anecdote de divan ? Que pour pouvoir tirer quelque chose d’un livre ou d’un film en langue originale, il faudra avant tout en tirer du plaisir. Cette remarque est d’après moi valable pour tout processus d’apprentissage. Le fait que Robinson Crusoé était difficile pour moi importait peu, ce qui a compté c’est que je me suis mis un point d’honneur à comprendre chaque phrase de ce texte, ce qui m’a amené à tomber dans un cercle vicieux. Peu importe que vous ne compreniez presque rien à ce que vous lisez/regardez, l’important est de vous sentir grandi par cette expérience. Difficulté et plaisir ne sont pas contradictoires, mais nous avons souvent développé un lien entre les deux, lien qui nous empêche d’avancer. Si vous avez un sentiment d’avancer lorsque vous posez le livre, si vous avez appris ne serai-ce qu’un mot, qu’une expression, qu’une tournure grammaticale, faites taire la petite voix qui vous dit que c’est trop difficile. Vous êtes en route pour la gloire !

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  • Auteur
    Messages
  • #95

    Romain
    Admin bbPress

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    • Ce sujet a été modifié le il y a 3 ans et 8 mois par  Romain.
  • #99

    Nyandawg
    Participant

    Très bon article, merci!

    J’avais commencé à lire le seigneur des anneaux en VO il y a quelques années. J”ai abandonné au bout de quelques pages parce que j’essayais de tout comprendre 🙁 Je m’y remets ce soir!

  • #100

    Romain
    Admin bbPress

    Avec plaisir Nyandawg. Pour un premier livre en anglais, je te conseille Bilbo le Hobbit. C’est tout de même moins difficile pour commencer 🙂

  • #591

    Zzzz
    Participant

    Merci beaucoup!

    Comme j’apprends le tchèque, j’ai acheté La Guerre des salamandres de Čapek. Je ne l’aurais pas fait sans ton article pensant que je n’avais pas le niveau mais j’arrive à comprendre un peu. Merci beaucoup!

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 2 ans et 2 mois par  Zzzz.

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