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Accent Général La meilleure façon de marcher

Comment perdre son accent?

L’accent français a été reconnu le plus sexy au monde par une étude menée par Babbel. Nombreux sont les apprenants qui assument le fait d’être reconnus comme francophones à la première phrase qu’ils prononcent. Si, cependant, vous avez envie de perdre votre accent, ou si vous voulez être compris par d’autres personnes que votre professeur, vous allez devoir travailler votre prononciation, votre intonation et votre rythme. Comment perdre son accent ? Dans ce premier article sur la musique de la langue, je vais essayer de vous donner quelques conseils pratiques pour vous améliorer rapidement. Avant toute chose, voyons les deux aspects qui forment l’accent : la musique, et surtout, les sons qui la forment.

Le langage est une musique

Ce que j’appelle les sons, connus sous le joli nom de phonèmes en linguistiques sont les briques élémentaires du langage parlé. Elles sont l’équivalent des couleurs d’un tableau. Si la plupart des phonèmes d’une langue sont faciles à prononcer, certains ont du mal à sortir. Il ne sont soit pas présents en français, ou leur prononciation est légèrement différente. Je pense par exemple à la jota en espagnol, au h aspiré en anglais et en allemand, à à peu près tous les sons en mandarin… Comment arriver à produire ces sons avec facilité ?

Avant toute chose, faites le ménage. On reconnaît une fausse note dans un morceau de musique lorsque celle-ci sort de la gamme. Vous prononcez probablement des phonèmes qui n’existent pas dans la langue que vous apprenez. Beaucoup de français prononcent des nasales (in, an, on), là où les voyelles et les consonnes doivent être séparées. Identifiez, puis arrêtez de prononcer les notes qui n’existent pas dans la langue que vous apprenez. Vous aurez alors fait un bon bout du chemin. N’oubliez jamais que les voyelles sont l’élément primordial à travailler pour avoir une bonne prononciation. Une fois que vous avez fait le ménage, travaillez les phonèmes que vous n’arrivez pas à bien prononcer.

Identifiez tout d’abord les sons que vous avez du mal à prononcer, et entraînez-vous. Prononcez les dans des mots, dans des phrases, amusez-vous à les décliner à toutes les sauces. Une petite astuce que j’aime bien utiliser : apprenez et récitez des virelangues. En plus d’améliorer votre prononciation, ça impressionnera vos amis natifs. Imaginez votre réaction si un ami étranger vous sortait :

Les chaussettes de l’archiduchesse sont-elles sèches? Archi-sèches?

Mimétisme de Leeb

Maintenant que vous arrivez à prononcer les sons, il va falloir les arranger, les mettre en musique. Le français a une musicalité très marquée, souvent en alexandrins. La première moitié est montante, la deuxième partie descendante. C’est ce rythme et cette mélodie qui rendent notre accent si reconnaissable. Il n’est pas toujours facile de s’en débarrasser , surtout si l’on doit faire attention à notre vocabulaire, notre grammaire… Alors, comment faire pour isoler le travail de la musicalité ?

Entre alors une technique redoutable. J’ai longtemps hésité à lui donner un nom grec, mais j’ai décidé de l’appeler le mimétisme de Leeb en hommage à ce grand esprit des temps modernes. Si son œuvre vous est inconnue, sachez qu’il est notamment célèbre pour ses imitations désopilantes du chinois ou encore de l’africain. Soyez comme Michel Leeb, imitez, et surtout, n’ayez pas peur de faire des blagues racistes du ridicule.

Votre nouveau modèle

La musicalité du français est notre zone de confort, un rythme dans lequel nous sommes habitués à nous exprimer et à réfléchir. Si vous restez dans ce rythme hexagonal, il y a très peu de chances que votre accent s’améliore. De plus, il est souvent difficile d’écouter quelqu’un qui a un fort accent, surtout lorsque la conversation dure.

Écoutez la musicalité de la langue

Reprenez, exagérez la musicalité de la langue que vous apprenez. Si c’est trop difficile ou si vous n’osez tout simplement pas le faire, commencez en français. Cassez le rythme habituel avec lequel vous parlez. Lisez un roman en marquant de courtes pauses toutes les quatre syllabes, discutez avec un rythme de salsa ou de carioca. Parlez en chantant, lisez de la poésie à voix haute. Bref, rendez-vous compte des différents rythmes que vous pouvez donner à ce que vous dites.

Écoutez des natifs d’autres pays parler. Quel est leur rythme ? Est-il continu ou saccadé ? Quelle est la musicalité de la phrase ? Les fins de phrases sont-elles montantes ou descendantes? Personnellement, j’aime bien me servir des logiciels de répétition espacée pour m’entraîner à la prononciation. Si, malgré tout vous avez du mal à bien entendre la musicalité dans la langue que vous apprenez, écoutez l’accent de cette langue en français. Ensuite, appliquez le mimétisme de Leeb. Parlez en français avec l’accent de la langue que vous apprenez. Dernière étape, parlez cette langue avec le bon accent. Merci Michel!

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Allemand Général Grammaire La meilleure façon de marcher Russe

Apprendre les déclinaisons

Rosa Rosa Rosam… En classe de latin, d’allemand ou de russe, nous avons souvent plus subi que profité des déclinaisons. Nominatif, accusatif, datif, ablatif, génitif et j’en passe, il y en a de toutes les couleurs et pour tous les goûts.

Si la grammaire est rarement très appréciée, apprendre les déclinaisons est souvent perçu comme un chemin de croix. Aujourd’hui, nous allons voir comment les apprendre avec plaisir et facilité. Vous verrez qu’il est souvent plus facile de bien s’exprimer dans une langue à déclinaisons que dans une langue qui n’en a pas.

L’intérêt des déclinaisons

Nombreux sont ceux qui pensent que les déclinaisons rendent l’apprentissage d’une langue plus difficile. Ils se plaignent de leur côté inutile. En effet, de nombreuses langues comme le français ne les utilisent pas, n’est-ce pas? Si la plupart des mots ne se déclinent pas en français, cela ne nous empêche pas d’avoir nous aussi un système flexionnel. Les pronoms personnels se déclinent par exemple comme suit :

Il regarde une vache

Il est au nominatif

La vache le regarde

Le est à l’accusatif

La vache croise son regard

Son est au génitif

La vache lui dit meuh

Lui est au datif

 

Les déclinaisons ont généralement laissé la place aux prépositions en français moderne (nous reviendront plus tard sur les problèmes que cela pose). Avant d’apprendre vos déclinaisons par cœur, assurez vous de bien avoir compris leur utilité. C’est mon premier conseil.

Nous nous penchons trop souvent dans l’apprentissage de la grammaire d’une langue sans bien savoir à quoi elle sert. J’ai appris Der Die Das Den Die Das etc en cours allemand sans jamais vraiment savoir à quoi ça pouvait bien me servir. Faites une liste des déclinaisons de la langue que vous apprenez et expliquez la à quelqu’un qui n’en comprend pas un mot à quoi elles servent. Essayer de donner des équivalents français comme je viens de le faire avec la vache. Cette méthode d’apprentissage par l’explication est un outil très puissant. J’ai lancé un sujet dédié sur le forum, venez partager avec nous !

Les déclinaisons, c’est difficile ?

 

Non.

 

L’espéranto a été crée avec la volonté d’être appris facilement par n’importe qui. Sa grammaire ne compte que 16 règles et zéro exceptions. Je vous conseille de lire ces règles rien que pour voir à quel point une grammaire peut être simple tout en permettant d’exprimer des concepts abstraits et complexes. L’espéranto ne contient pas de conjugaisons. Les noms se terminent toujours en -o, les adjectifs en -a, les adverbes en -e. Excellent modèle de simplicité grammaticale, l’espéranto comporte une déclinaison.

Elles sont un moyen simple de reconnaître la fonction d’un mot dans une phrase. C’est particulièrement vrai à l’écrit, où elles aident à la compréhension générale du texte. Dans les langues qui n’en comportant a priori pas, comme le français, les déclinaisons ont souvent fait la place à de nombreuses prépositions. Il joue de la guitare, mais elle joue au football. Une carte sert à guider mais votre ami vous sert de guide. Pour avoir enseigné le français et l’allemand, je peux vous dire que ce type de nuances devient très rapidement beaucoup plus difficile à assimiler qu’un système de déclinaison clair et défini.

Les déclinaisons structurent la pensée

Dans les langues sans déclinaisons, l’ordre des mots dans la phrase est extrêmement important.

J’ai envoyé à mon père une carte postale.

est une phrase incorrecte en français. Il n’y a pourtant pas d’ambiguïté sur ce qui est envoyé à qui. Ce type de changement d’ordre est parfaitement acceptable dans la plupart des langues à déclinaisons. Ces dernières nous offrent plus de liberté avec l’ordre des mots. Une fois que vous aurez maîtrisé vos déclinaisons, vous pourrez vous exprimer de manière beaucoup plus libre sans risquer de faire des fautes.

Avec les déclinaisons, vous avez un système important à assimiler au début. La suite de votre apprentissage sera cependant facilité lorsque vous essaierez de construire un discours articulé. Si jamais vous arrivez à vous faire comprendre sans utiliser les déclinaisons de manière adéquate, c’est parfait. Vous aurez tout le temps d’y revenir lorsque vous en ressentirez la nécessité. Comme nous l’avons vu dans un précédent article, il est bénéfique de mimer la manière d’assimiler des enfants. Beaucoup de locuteurs natifs de russe ou d’allemand ne savent pas ce qu’est une déclinaison, ce qui ne les empêche pas de s’exprimer sans faire de fautes.

Faites-en votre allié

Écoutez la radio ou lisez un livre ou un magazine dans votre langue cible. Locuteurs de latin et de grec ancien, je vous conseille d’aller sur ce site ou l’on trouve des textes enregistrées dans les deux langues. Écoutez en faisant attention aux déclinaisons. Quels sont les nominatifs, les translatifs, les prépositionnels? N’essayez pas de comprendre tout ce qui se dit, prenez simplement certains mots à la volée et désuisez leur fonction dans la phrase. Dans un flot de parole parfois difficile à comprendre, vous déchiffrerez plus facilement certaines parties du discours.

Les langues avec déclinaisons sont comme un puzzle dont on connaîtrait la position des pièces à l’avance. Les règles sont plus difficiles à assimiler mais le jeu en lui-même est plus simple.

Mettez les petites idées dans les grandes

Il en va de même pour l’expression orale. Même si la position de vos mots n’est pas correcte ou que vous utilisez les mauvaises prépositions, on comprendra plus facilement ce que vous dites si vous arrivez à utiliser les bonnes déclinaisons. Voyons maintenant quelques conseils pratiques pour les apprendre plus facilement.

Comment apprendre les déclinaisons?

Nous apprenons tous de manière différente. Certains adorent bachoter leurs livres de grammaire, d’autres ne jurent que par le matériel natif. J’estime que réciter des terminaisons à la manière de votre professeur de langues de collège est au mieux une perte de temps, au pire un bon moyen de détester les langues.

La mémoire déteste le vide. Quelle que soit votre méthode d’apprentissage, faites bien attention à toujours utiliser des exemples. Si vous faites des listes de déclinaisons, réfléchissez à une phrase dans laquelle vous pourrez les utiliser. Cela vous aidera à imprimer les déclinaisons dans votre mémoire. Vous pouvez faire cet exercice dès que vous avez le temps. Déclinez les mots de ce que vous voyez dans lé métro, des meubles de votre maison lorsque vous passez l’aspirateur etc. Le même exercice peut être fait avec les conjugaisons.

Et vous? Quelle est votre expérience, quels sont vos conseils pour apprendre les déclinaisons? Quelles ont été vos moments durs, vos épiphanies, vos grands succès ?

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Apprendre plusieurs langues: conseils pratiques

Dans le dernier article, nous avons traité de manière générale du cadre dans lequel il était possible d’apprendre plusieurs langues en même temps. Aujourd’hui, c’est le tour des conseils pratiques!

Aidez votre cerveau à faire le tri

Essayez d’espacer un maximum l’intervalle entre l’apprentissage de différentes langues. Si vous avez commencé une langue depuis moins d’un an en rythme intensif, et moins de trois ans à un rythme « normal », attendez avant de vous lancer un nouveau challenge. Personnellement, j’essaie toujours d’arriver à déchiffrer du matériel natif dans la langue que je maîtrise le moins avant d’en commencer une autre. Vous n’avez pas besoin de savoir lire Tolstoï. Je suis content quand j’arrive à naviguer sur internet sans avoir besoin du dictionnaire toutes les trois secondes. A chacun son niveau de confort où l’on se sent prêt à commencer un nouveau chemin. Vous devrez expérimenter avant de trouver les réglages qui vous conviennent. Rien de mieux, pour cela, que de partager vos expériences avec les autres vaches espagnoles sur votre carnet de route.

Comme nous l’avons traité dans les articles le point de rupture et définir ses objectifs, apprendre une langue est un chemin semé d’embûches, de pièges, de bons moments et surtout de beaucoup de routine. Commencer deux langues en même temps, c’est, en plus de risquer de les mélanger, la quasi-assurance de vivre tous ces moments en double. J’ai pris l’habitude d’apprendre deux langues en même temps (exceptionnellement trois), mais toujours à des niveaux divers. De cette manière, chacune de mes crises dans une de mes deux langues est mise en perspective par mon envie d’étudier l’autre.

Variez les plaisirs

Peut être même plus que la proximité temporelle et linguistique, la manière dont on apprend les langues est un allié décisif pour garder une frontière claire dans notre esprit. J’étudiais par exemple l’espagnol et le chinois dans les cours du soir à l’université. Ces langues sont complètement différentes sur le plan linguistique. Cependant, le fait de les apprendre dans un cadre similaire, celui des cours du soir, m’amenait à souvent utiliser des mots chinois en cours d’espagnol et vice-versa.

Le simple fait de prendre des cours d’espagnol le matin au lieu du soir a énormément diminué les interférences . Il en allait de même lorsque j’étudiais une langue de manière plus assidue que l’autre ou que j’utilisais des médias différents. Vous pouvez réserver les séries et les romans policiers pour une langue, le journal télévisé et les bandes dessinées pour une autre. Comme dans mon exemple, essayez toujours de garder une source qui fera travailler votre compréhension écrite et une autre votre compréhension orale. De plus, pensez bien à varier les sources lexicales et les sources grammaticales afin d’avoir un niveau complet dans une langue. Il n’y a rien de plus frustrant que de ne pouvoir s’exprimer que dans un registre précis.

Variez aussi votre communication, qu’elle soit orale ou écrite. Si jamais vous adorez discuter en ligne avec vos amis du monde entier sur votre logiciel de messagerie préféré, essayez de réserver un environnement voire un appareil si vous en avez plusieurs à une langue donnée. Il existe énormément de manières d’apprendre les langues. Je ne parle pas seulement du matériel utilisé ni de l’heure ou l’endroit à lequel vous lisez, mais aussi et surtout au type de leçons que vous décidez de prendre.

Du café de conversation en groupe restreint au cours magistral dans un amphithéâtre de 200 étudiants en passant par le bachotage, vous avez un panel exceptionnel de manières de diversifier votre apprentissage. Bien évidement, tout format n’est pas adapté à tout le monde. Cherchez ceux qui sont faits pour vous. C’est un moyen simple de découvrir de nouvelles sources de cultures que vous n’auriez jamais pensé découvrir. Lisez des romans surréalistes, écoutez des concerts de métal chrétien ou regardez les infos Kirghises. Découvrez de nouveaux univers.

Laissez les mauvaises langues derrière vous

Laisser une langue de côté n’est jamais une expérience agréable. Si il est difficile de reconnaître que l’on a pris un mauvais chemin et de faire demi tour, il l’est encore plus de s’arrêter sur le bord et de ne plus repartir. C’est le burn-out, il nous guette à chaque instant. Bien qu’il nous semble arriver de manière sournoise (tiens, je n’ai pas ouvert mon livre de grammaire depuis le dernier single des 2be3), il est finalement assez prévisible. Vos mauvaises habitudes d’apprentissage vous pèsent et les ignorer augmente le risque de lassitude et amplifie le sentiment d’échec.

Pour finir, le seul conseil que je puisse vraiment vous donner quand vous apprenez plusieurs langues, c’est que mettre les bouchées doubles n’est pas synonyme d’indigestion. Si l’appétit vient en mangeant, l’apprentissage est l’art d’utiliser le savoir pour créer le bonheur. Vous avez la formidable chance de pouvoir apprendre. Profitez-en, et surtout, amusez-vous !

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Apprendre plusieurs langues: Soyez la tortue, pas le lièvre

Combien de langues est-il possible d’apprendre en même temps? Aujourd’hui, nous allons voir quel nombre semble approprié selon vos disponibilités et vos objectifs. Alors, quelles sont les stratégies pour atteindre le chiffre souhaité sans risquer la surcharge de travail et l’abandon? Comment faire pour ne pas se mélanger les pinceaux et inventer un cadavre exquis créole?

Parlez vous français ?

Avant de rentrer dans le vif du sujet, mettons les choses au clair. Nous réapprenons en permanence ce que nous avons déjà appris. Essayez par exemple de vous souvenir du théorème de Thalès ou de la définition d’un pantonyme. Bien qu’étant des savoirs connus par tous les élèves de collège, il est probable que vous ne soyez pas capable de citer au moins l’une de ces deux définitions de manière claire et concise. C’est tout simplement dû au fait que le cerveau organise et réorganise en permanence les connaissances qu’il a apprises, reléguant au plus profond les savoirs non actualisés. Nous y reviendrons en fin d’article

Le rapport avec l’apprentissage de plusieurs langues ? La conception selon laquelle nous apprenons les savoirs une fois pour toute dans notre vie amène a des effets néfastes sur nos stratégies d’apprentissage. Nous réapprenons en permanence les langues que nous considérons comme déjà maîtrisées. Vous êtes par exemple en train de réviser votre compréhension écrite du français, tandis qu’en écrivant cet article, j’en ai pratiqué l’expression écrite (merci à vous pour ça). Si vous vous posez la question du nombre de langues à apprendre, vous n’incluez sans doute pas le français dans cette liste, ni les autres langues dans lesquelles vous estimez avoir atteint un niveau satisfaisant.

Ainsi, sans atteindre le niveau d’un locuteur natif (notion très abstraite), atteindre un niveau qui vous convient dans une langue vous permettra de commencer à en apprendre une autre sans ou avec très peu de risques d’interférences. Si vous arrivez à lire des livres et à voir des films sans trop de difficultés ou de gène (ce qui correspond approximativement au niveau C1 du cadre européen de référence des langues), ces interférences seront réduites au minimum. La seule limite pour progresser sur tous les tableaux sera alors votre temps de travail disponible. Maintenir son niveau de langue demande un minimum de temps. 30 minutes par jour me semble l’idéal. Si vous désirez progresser, le mieux me semble de prévoir au minimum deux à trois sessions d’une heure par semaine, dont une heure avec un professeur ou un locuteur natif (une écoute de matériel natif fera l’affaire).

Comme nous l’avons vu, ce temps d’apprentissage ou de réapprentissage ne sera pas nécessairement passé devant un livre à faire des exercices de grammaire. La lecture d’un article comme celui-ci suffira à maintenir votre compréhension écrite. Il vous suffit de lire le journal ou de regarder un film de votre réalisateur préféré pour maintenir votre compréhension écrite et votre compréhension orale. Le problème se situe généralement chez les apprenants ayant un niveau inférieur au C1 voire au B2 et qui souhaitent apprendre plusieurs langues en même temps. La suite est pour vous.

La route est longue

Il est possible d’apprendre autant de langues que votre emploi du temps le permet. J’ai connu des gens qui apprenaient quatre langues en même temps sans aucun problème, d’autres qui devaient apprendre à jongler correctement avec deux. Le bon nombre est celui avec lequel l’on prend du plaisir tout en progressant sans se mélanger les pinceaux. Généralement, il est commun de mélanger deux langues lorsque celles ci appartiennent à une même famille linguistique. Je déconseille par exemple à des personnes apprenant l’espagnol depuis peu de se mettre au portugais.

Le choix du nombre de langues à apprendre dépend de votre temps de cerveau disponible. Dans l’apprentissage des langues, il existe une grande inertie. Le travail que vous faites maintenant ne portera ses fruits que plus tard. Il se passera par exemple toujours du temps entre l’apprentissage théorique d’un point de grammaire et sa maîtrise. De cette inertie découlent deux phénomènes. D’une part, la vision à long terme est de mise afin d’éviter le découragement (comme nous l’avons vu dans les articles sur le point de rupture et l’effet Dunning Kruger). D’autre part, et c’est ce qui nous intéresse ici, lorsque vous apprenez sérieusement une langue, un effet boule de neige va se mettre en place. Il vous amènera à maîtriser cette langue de plus en plus rapidement, vous incitant ainsi à apprendre de plus en plus. Prenez ce conseil en considération et évitez de remplir votre emploi du temps trop tôt dans votre apprentissage.

Jusqu’ici tout va bien…

 

Voyez l’apprentissage des langues comme un marathon. En apprenant plusieurs langues, vous augmentez le poids que vous aurez à transporter. Partez léger, vous pourrez toujours augmenter votre charge si vous vous sentez une âme de Kenyan. Il est beaucoup plus facile d’augmenter le nombre de langues que de le diminuer. Cet « abandon » risque d’être perçu comme un échec. Pour terminer, voyons ensemble un effet secondaire commun et naturel de l’apprentissage de plusieurs langues.

Le grand déménagement

Un matin, terrifié, je n’arrivais absolument plus à me rappeler du mot « good morning » en anglais. J’habitais depuis près d’un an en Allemagne, et mon anglais parlé avait atteint le niveau de la page 8 de votre manuel de sixième. Un ami m’avait alors appris la parabole du déménagement. Lorsqu’on apprend une nouvelle langue à un niveau avancé, notre cerveau décide de relocaliser ce savoir de la partie langue étrangères à sa propre partie dédiée. S’ensuit un déménagement où certains cartons sont laissés au bord de la route. Or, si «Toy Story» nous a appris une chose en dehors du fait que je sois ton ami et que les fusées explosent, c’est bien que les cartons arrivent toujours à destination. Et, effectivement, mon anglais m’est revenu quelques temps après. Cela a bien sûr nécessité quelques révisions. Il faut bien sortir les cartons du camion.

Je vous laisse juger si cette image des cartons ne constitue qu’une vue de l’esprit ou une explication imagée cohérente de la réorganisation de la mémoire dans notre cerveau. J’ai décidé d’y croire, parce qu’elle propose une explication à la fois rassurante, motivante, et qu’elle ne rentre pas en conflit avec les trois pages que j’ai lues sur les neurosciences dans «Sciences et vie junior».

Quoi qu’il en soit, si une chose est sûre, c’est qu’à chaque langue que vous apprenez, la suivante sera plus facile mais pas plus ennuyeuse, tant les capacités de comparaison interlinguistiques et interculturelles se démultiplient à l’apprentissage de chaque langue. Il est cependant aussi sûr qu’apprendre à tout va sans réelle structure ou objectif précis augmentera grandement votre risque d’abandon. Vous êtes sur vache espagnole, nous sommes là pour ça ! Rendez vous ici pour des conseils pratiques sur l’apprentissage de plusieurs langues en même temps.

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Général La meilleure façon de marcher Métacognition

L’effet Dunning Kruger et l’apprentissage des langues.

Dans l’article sur le point de rupture, j’avais effleuré le sujet passionnant de la métacognition. Avoir des compétences méta-cognitives, c’est du Volapük pour dire arriver à réfléchir sur ses propres manières de penser. Après avoir vu de nombreux élèves se sous-estimer, j’ai commencé à me demander si nous n’avions pas tendance à systématiquement estimer nos propres compétences de manière erronée. C’est en faisant des recherches sur ce sujet que je suis tombé sur un article de Dunning et Kruger, qui a répondu à beaucoup de mes questions et dissipera, je l’espère, nombre de vos doutes. Sautons dans le vif du sujet : Qu’est-ce que l’effet Dunning Kruger (on va l’appeler DK, c’est moins long et ça ressemble à Donkey Kong), et en qu’est-ce que ça vient faire sur vache espagnole ?

Dunning et Kruger sont sur un bateau

Dans une série de quatre expériences réalisées à la fin des années 1990 auprès d’étudiants de l’université de Cornell, les professeurs de psychologie David Dunning et Justin Kruger ont testé la divergence entre le niveau perçu et le niveau réel de leurs élèves. Les trois premières études ont pour objet l’humour, le raisonnement logique et la grammaire. La quatrième est une méta-étude comparant les capacités d’auto-évaluation des étudiants avant et après avoir reçu une formation pour les aider à mieux cerner leurs capacités. J’ai décidé de me concentrer sur la troisième étude (la première partie de cette dernière pour être précis) pour des raisons évidentes de corrélation entre le sujet et les langues, mais aussi parce que le diagramme est sacrément plus parlant que les autres.

Dans ce test, 84 étudiants de l’université de Cornwell devaient remplir un questionnaire de vingt questions sur la grammaire anglaise. Chaque question se composait d’une phrase comportant ou non des fautes de grammaire. Après avoir répondu au questionnaire, les élèves se virent remettre un second formulaire. Celui-ci leur demandait via une série de questions si ils pensaient être capables de reconnaître de l’anglais correct, et quel score ils pensaient avoir obtenu au test qu’ils venaient de prendre.

Comme le montre le graphique ci dessus, et de manière extrêmement intéressante, les élèves des deux quartiles inférieurs (la moitié des élèves les moins performants au test de grammaire) ont eu tendance à grandement se surévaluer. A l’inverse, les 25% ayant le mieux réussi se sont sous-estimés. En regardant le graphique, on se rend compte que les habilités perçues des élèves ainsi que l’auto-évalution de ces derniers est sensiblement toujours la même, sans corrélation ou presque avec leur résultat réel !

 

T’as de belles compétences méta-cognitives, tu sais

Comme nous montre cette expérience, il n’existe pas de rapport évident entre la connaissance d’un domaine et nos compétences méta-cognitives. En d’autres termes, nous manquons trop souvent de recul par rapport à notre propre savoir. Cette absence de prise de conscience de l’augmentation de nos performances dans nos domaines d’études nous amène souvent à nous décourager, après avoir ressenti un faux sentiment de stagnation, voire de régression.

Ce sentiment nous pousse, dans le pire des cas à abandonner. S’en suit alors une spirale de l’échec. La plupart des personnes se diront: « J’ai essayé d’apprendre une langue. Après de nombreux efforts je n’ai absolument pas progressé ». Ces personnes se diront soit qu’apprendre les langues est une chose difficile, grossissant encore un peu plus le statu quo méta-cognitif global. Dans le pire des cas, ils se diront qu’ils sont trop bêtes pour apprendre les langues.

Ayez confiance

Comme nous l’ont montré Dunning et Kruger, il est très probable que ce sentiment de stagnation soit tout simplement dû à l’augmentation inconsciente de votre exigence, voire d’un glissement de vos paradigmes méta-cognitifs. Comprenez moi bien. Je ne prétend pas que tout sentiment d’échec dans un processus d’apprentissage est imputable à l’effet DK. Si vous avez pris et raté un examen de langues, par exemple, le résultat à votre test est probablement une estimation valable de votre niveau de langue dans les compétences qui ont été testées (ce dernier point est important, j’y reviendrai dans un article ultérieur). Je pense aussi que toute remise en question de nos manières d’apprendre est positive. C’est un moyen sain d’analyser quelles habitudes et routines il est possible d’améliorer, d’ajouter ou nécessaire de supprimer.

Je soutiens cependant que quand cet examen de conscience résulte en un sentiment d’échec et/ou d’une envie d’abandon, il est plus que possible que vous soyez victime de l’effet D&K. La prochaine fois que vous traverserez une remise en question dans la confiance en vos capacités d’apprentissage, demandez vous simplement si votre sentiment n’est pas possiblement lié à une augmentation de vos exigences. Formulé différemment, n’avez vous pas pris conscience de vos limitations dans certains domaines dans lesquels vous vous étiez surestimés? J’y reviendrai à la fin de cet article.

Je dirais même plus mon cher Dunning

Au delà de la simple prise de conscience du phénomène, en quoi les conclusions de l’étude de D&K peuvent-elles nous aider à progresser en langues ? Tout d’abord, fixer des ancrages se révélera un processus primordial de votre apprentissage. C’est le point que je développe dans la troisième partie de l’article définir ses objectifs. L’ancrage, quel que soit sa forme, est un rappel de votre niveau à un instant T. La prochaine fois que vous allez vous taper une crise méta-cognitive et penser que vous n’y arriverez pas, votre ancrage sera là pour vous rappeler d’où vous venez. Vous aurez une preuve de votre progression, ou, faute de mieux, de votre absence de stagnation.

Si vous avez soudainement pensé que vous étiez mauvais dans votre apprentissage, c’est sans doute que vous étiez en train de passer de l’autre côté du miroir. Au lieu de voir ce que vous saviez, vous vous êtes rendu compte de tout ce que vous ne saviez pas. C’est à ce niveau que beaucoup d’entre nous arrêtent d’apprendre une langue. Nous ne nous rendons pas compte que notre nouveau sentiment d’ignorance et d’échec était en fait un signe extrêmement prometteur du bon avancement de notre apprentissage ! Souvenez vous-en si vous apprenez les langues de manière régulière et que le sentiment de ne rien connaître vous envahit soudainement. La crise que vous êtes en train de parcourir n’est que la prise de conscience d’une nouvelle montagne à gravir. Elle a toujours été là, vous ne la voyez tout simplement pas avant. Vous êtes en route pour la gloire !

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Général La meilleure façon de marcher Métacognition

Soyez mauvais comme un enfant

Apprendre les langues est une activité passionnante. Il n’existe rien de plus instinctif et de plus naturel. De manière concomitante, je n’ai jamais rencontré de sujet d’études suscitant plus de pensées limitantes, d’engrenages de l’échec ou de sabotage involontaire programmé. Des études du développement du vocabulaire chez les enfants suggèrent des vitesses d’apprentissage allant jusqu’à vingt mots de vocabulaire actif par jour. Si, en lisant cette dernière phrase, vous vous êtes dit que « les enfants ont vraiment un cerveau exceptionnel » ou que « si seulement [vous aviez] pu apprendre d’autres langues dans l’enfance, votre apprentissage serait beaucoup moins difficile », cet article est fait pour vous.

Les enfants sont mauvais

L’Allemand est la première langue dans laquelle j’ai atteint un niveau qui me satisfaisait. Avant que ce soit le cas, alors étudiant d’histoire en Allemagne, je m’étais fixé un certain nombre d’objectifs linguistiques à atteindre. L’un d’eux était d’atteindre le niveau d’un enfant de 7 ans. A vrai dire, la majorité de mes fréquentations de cet âge datant de l’école primaire, je voulais en réalité atteindre le niveau que j’estimais avoir eu quand j’avais 7 ans (c’est l’effet Dunning Kruger, venez ici pour en savoir plus). J’étudiais pour l’université, en permanence insatisfait des exposés confus et remplis de fautes de grammaire que je donnais devant des amphithéâtres trop génés pour succomber à l’envie d’éclater de rire. Certains d’entre eux pourraient notamment vous raconter mon exposé sur la révolte des arbres dans l’Allemagne du XVe siècle.

C’est dans ce climat extrêmement stimulant mais quelque peu décourageant (c’est une oxymore, nous y reviendrons), que j’ai rencontré un réel enfant allemand de 7 ans. Quelle ne fut pas ma surprise quand je me suis rendu compte que ce petit que j’avais pris comme mentor dégageait un discours simpliste. Pour ne pas dire incohérent. Même si sa grammaire était beaucoup plus précise que la mienne, la structuration de sa pensée me rappelait un cadavre exquis raté. Mon objectif était d’atteindre un niveau dans lequel je me sentais assez à l’aise pour développer le fil de ma pensée librement. Je n’avais pas réalisé que, quand nous sommes enfants, l’étendue de ce que nous pouvons exposer est finalement assez limité. Nous pouvons en tirer un grand nombre de leçons dans le domaine de l’apprentissage.

Si, contrairement à moi, vous n’avez pas d’enfant à côté de vous, rendez-vous dans le grenier de vos parents et ressortez n’importe quelle copie de français que vous avez pu pondre pendant votre scolarité. Je vous parie que vous serez atterré par le nombre de fautes syntaxiques et grammaticales, par la pauvreté du lexique et l’absence totale de fil rouge. Lors de votre croissance, vous avez développé une extraordinaire capacité à organiser votre pensée dans votre langue maternelle. Vous l’avez fait de manière inconsciente, sans vous rendre compte que votre médiocrité scolaire a sans doute aggravé les tendances réactionnaires et pédophobes de la plupart de vos professeurs. La seule différence entre hier et aujourd’hui, ce n’est pas tant la conscience des nombreuses erreurs que vous exprimez que l’idée dysfonctionnelleselon laquelle la maîtrise vous est demandée.

L’ignorance est une bénédiction

Mon but n’est pas de vous amener à faire abstraction de vos limitations. Mes exposés étaient faibles. C’est cette réalisation qui m’a fait travailler pour sortir de mon insatisfaction. La prise de conscience de vos limitations n’a pas à devenir un facteur de pensées limitantes. Être conscient de votre niveau médiocre, c’est ne pas céder à la facilité de rentrer dans sa zone de confort. Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois, et rien n’est plus facile que d’être perçu comme un érudit si l’on s’entoure des bonnes personnes, quelque soit notre domaine de l’apprentissage.

Lorsque les parents admirent les productions artistiques de leur enfant de quatre ans, ils ne le considèrent pas comme des chefs d’œuvre. Je me suis toujours demandé pourquoi mon médecin de famille décorait son mur de dessins d’enfants. Que ce soit la satisfaction de voir le caractère inné de la création chez l’être humain ou le soulagement de voir les capacités cognitives des enfants de leurs patients se dérouler à un rythme naturel, le constat est sans appel : ces dessins étaient moches. Votre niveau dans les langues que vous essayez d’apprendre est probablement de niveau comparable. Soyez en conscients, mais avant tout, soyez en fiers.

Ça, c’est toi.

 

L’âge de l’enfance est souvent considéré comme une époque bénie. C’est le temps des possibilités infinies, de l’absence de limitations. J’ai l’intime conviction que cette absence de limitations vient de l’absence de savoirs. C’est à l’école que nous nous attachons au système de pensée selon lequel celui ou celle qui aura le moins de connaissances aura de mauvaises notes. Mon but n’est pas ici de remettre en question ce système, uniquement de dévoiler les processus de l’échec qui en découlent.

Rilke disait que la pauvreté était une lumière de l’intérieur. Du moment où vous avez pris le chemin de l’apprentissage, votre ignorance et vos limitations sont devenues des bénédictions, autant de preuves que la route est encore longue et qu’il vous reste tant de choses à découvrir. S’il existe un être omniscient et omnipotent, je doute qu’il ressente l’émerveillement et l’excitation d’un enfant devant les choses de la vie.

Le modèle de la réussite est en vous

Les enfants maîtrisent leur langue maternelle (du moins à l’oral), non pas parce qu’ils n’ont pas conscience de leurs limitations, mais parce qu’ils ne les laissent pas définir qui ils sont. Ils explorent non pas avec la peur de découvrir l’étendue de ce qu’ils ne savent pas, mais tout simplement avec une intarissable soif d’apprendre. Les processus de pensées limitantes n’ont pas encore de prise sur eux.Dans le domaine de l’apprentissage, la réussite est innée, l’échec est acquis. Soyez mauvais et brillants comme des enfants.

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Le point de rupture

 

Après des jours heureux, où vous avez profité de chaque instant, avez appris votre langue cible avec la rapidité d’un enfant de trois ans, vous en avez marre. Vous êtes déprimé, vous sentez que vous n’arriverez jamais à parler cette langue. Tous les apprenants en ont fait l’expérience au moins une fois de cette envie d’abandon : le point de rupture. Bien évidement, regarder une série débile, appeler vos parents ou une ex, et manger un camembert aident à merveille. Ici, j’aimerais aborder avec vous le problème sous l’angle linguistique. Alors, comment passer le point de rupture et continuer notre ascension vers la maîtrise maximale ?

 

Souvenez vous, l’été dernier…

Dans le premier article de ce site, j’ai souligné l’importance de placer un certain nombre d’ancrages sur votre chemin, qu’il est maintenant temps de faire remonter à la surface. Réécoutez cette chanson, revoyez ce film qui vous a fait commencer à apprendre votre langue. Les ancrages ont la capacité de vous replonger dans l’état mental dans lequel vous étiez au moment où vous les avez jetés. Double effet positif en ce qui nous concerne : tout d’abord, vous allez revenir au moment où apprendre votre langue cible était un passe temps et non un poids. Ensuite, vous allez réaliser le chemin que vous avez parcouru pour vous rendre compte que vous êtes beaucoup plus proche du sommet que vous vouliez bien le penser. Après avoir réactivé ces souvenirs, prenez le temps de relire votre carnet de route sur vache espagnole.

Lisez TOUT le journal, de manière attentive. Les dates, les anecdotes, les encouragements des autres membres, prenez le temps de vous replonger dans votre chemin, dans tout ce que vous avez fait, vous vous rendrez compte que votre déprime actuelle est une étape vers la maîtrise. Comme je vous montrerai dans le chapitre qui suit, plus qu’une simple étape difficile à passer, c’est la plus importante de tout votre apprentissage !

Pour ceux du fond

Que faire si vous n’avez pas suivi les conseils de l’article ‘avant de commencer’, si vous n’avez pas écrit de journal ? Ne vous inquiétez pas, il existe toujours des ancrages. Dans la vie, on change un certain nombre d’habitudes : nouvelle playlist, nouveaux vêtements, aliments différents ou simplement horaires différents (de coucher, de travail etc). Afin de vous replonger dans votre « lune de miel linguistique », réactivez ces ancrages passifs en vous concentrant sur le chemin que vous avez parcouru, comme nous avons vu plus haut. Ce petit exercice d’auto-hypnose marche en général pour les gens qui ont du mal à garder des traces précises de leur apprentissage.

Bien évidement, écouter une vieille musique fonctionnera mieux pour les personnes auditives, les kinesthésiques préféreront porter de vieux vêtements ou se faire un repas oublié, les visuels préféreront les images. Étant auditif, je me fais régulièrement des playlists différentes afin de garder une emprunte sensorielle que je peux réactiver à tout moment pour différents besoins. Gardez bien à l’esprit que les ancrages que vous n’avez pas activé depuis la période que vous souhaitez faire remonter à la surface sont ceux qui seront les plus efficaces, surtout si vous les avez activé beaucoup par le passé.

Un sentiment d’échec qui est la preuve de vos progrès

Le changement de perspective va aussi vous amener à réaliser les progrès que vous avez réalisé, Comme l’ont montré Dunning et Kruger, il existe une différence constante entre notre niveau perçu et notre niveau réel, Plus une personne a un niveau faible dans un domaine donné, plus elle a tendance à surestimer ce niveau. A l’inverse, les personnes performantes ont tendance à se sous-estimer, comme le montre ce graphique tiré de leur article Unskilled and Unaware of It. J’ai développé cette notion plus en détail dans l’article dédié à l’effet DK.

Votre niveau réel et votre perception de ce dernier sont deux choses très différentes

J’ai pu constater le même biais dans l’apprentissage des langues. C’est particulièrement le cas lorsque vous vous expatriez : une bulle explose. Vous n’êtes plus au milieu d’autres étudiants à parler à un professeur habitué à entendre sa langue se faire gentiment massacrer. On sous-estime souvent la capacité de compréhension orale des professeurs de langue étrangère. Croyez moi, c’est mon métier. Si vous êtes expatrié, vous vous exprimez dans un environnement principalement formé de locuteurs natifs s’adressant à d’autres locuteurs natifs. C’est alors qu’arrive le moment fatidique où, au lieu de vous rendre compte de ce que vous savez, vous prenez conscience de manière violente de tout ce que vous ignorez. Je reviendrai plus en détail dans un prochain article sur ce que j’appelle le « point matrix ».

Vive la crise!

Il existe deux types d’apprenants: ceux qui réussissent et ceux qui arrêtent avant de réussir. C’est d’autant plus vrai que nous apprenons tous une compétence que des enfants de 5 ans maîtrisent mieux que ce que certains d’entre nous n’osent pas rêver dans leur projections les plus folles. Rendez-vous bien compte d’une chose et rappelez vous en à chaque fois que vous traversez une crise: vous avez deux choix très simples. abandonner, et perdre tout ce que vous avez fait auparavant, ou continuer jusqu’au prochain point de rupture.

D’après mon expérience d’apprenant et surtout de professeur, il n’y a souvent pas plus d’une ou deux grandes crises avant d’avoir atteint un bon niveau de compréhension. Si vous êtes en train d’en vivre une, c’est donc qu’il a de fortes chances pour que votre choix se résume entre l’échec et le succès. Mangez votre fromage, buvez votre verre de vin, allez vous coucher, et continuez demain, vous êtes en route pour la réussite!