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Japonais Premiers pas Russe

Apprendre un nouvel alphabet

Il vous est peut être arrivé, comme un grand nombre de personnes, d’avoir envie d’apprendre une langue qui utilise un système d’écriture autre que l’alphabet latin. Des alphabets cyrilliques et arabes, aux syllabaires japonais et coréens en passant par les idéogrammes chinois, très nombreux sont les systèmes d ‘écritures toujours en usage de nos jours. Bien que, comme nous allons le voir, ces différents alphabets constituent un atout et non un frein à l’apprentissage d’une langue nouvelle, beaucoup décident d’utiliser des transcriptions latines du système en question. Ce choix est, d’après mon expérience, une grave erreur de l’apprenant. Laissez moi vous convaincre…

Sortez des sentiers battus, prenez un raccourci !

Prenons l’exemple du japonais, l’une des langues les plus apprises en France. Il m’arrive souvent de voir des apprenants qui commencent par utiliser l’alphabet latin pour l’apprendre. Il existe même de nombreux manuels (de moins en moins heureusement), qui n’utilisent pas les autres systèmes d’écriture (que ce soient les Kana ou les Kanji). J’entends souvent que la transcription latine est plus facile à utiliser et qu’il sera facile de passer aux Kanas, puis aux Kanjis « plus tard ». Dans les faits, je me suis aperçu que ce « plus tard » était pour ainsi dire synonyme de jamais. Il en va de même pour les apprenants de russe et d’arabe, pour ne citer que des cas que j’ai eu l’occasion de rencontrer.

Choisir de ne pas apprendre un système d’écriture n’est pas un choix anodin. Cela révèle d’une manière de penser l’apprentissage, où l’apprenant décide de ne pas sortir de sa zone de confort. Or, l’apprentissage d’une langue, comme celle d’une culture, demande nécessairement de sortir des sentiers battus. Comme je l’ai dit dans un article précédent, tous les chemins mènent au latin. Il vous faudra cependant prendre des routes nouvelles pour apprendre une langue à l’écriture différente. En apprenant cette nouvelle graphie, vous prenez en réalité un formidable raccourci.

Celui qui apprend un nouvel alphabet tirera un grand profit immédiat avec un effort minimal. Tout d’abord, vous vous serez extirpés de votre zone de confort pour entrer dans l’inconnu, un inconnu qui vous paraîtra déjà beaucoup plus excitant qu’effrayant. C’est la base de l’apprentissage d’une nouvelle compétence. Vous pourrez ouvrir un manga utilisant les furiganas, un livre russe ou un journal arabe et lire ce que vous voyez . Vous ne comprendrez pas grand chose, certes, mais le sentiment d’arriver à lire du matériel natif en si peu de temps procure un sentiment exceptionnel.

De plus, votre accent sera automatiquement meilleur, vu que vous aurez limité au maximum les interférences liées à votre lecture française de l’alphabet latin. Il est beaucoup plus facile pour les étrangers d’associer un son qu’ils n’ont jamais entendu avec une lettre qu’ils n’ont jamais vue. Même si l’apprentissage d’un nouveau système d’écriture demande un certain temps, cette durée vous permettra au final d’en gagner beaucoup sur le long terme. En y passant une heure par jour, il est très rare qu’un alphabet prenne plus de deux semaines à apprendre.

Si vous ne le faites pas et vous contentez des transcriptions latines, vous vous traînerez avec un boulet au pied aussi longtemps que vous persisterez dans cette voie. Pire, votre voix portera pendant bien plus longtemps encore les stigmates de la voie latine. Il est généralement facile, par exemple, d’entendre l’accent d’un apprenant de japonais se servant des rōmaji. Si mes arguments ne suffisent pas, sachez qu’il existe, pour toutes les langues que j’ai étudiées, plusieurs latinisations des systèmes d’écritures. Le japonais possède plusieurs formes de romaji (Hepburn, Kunreishiki, Nihonshiki, Waapuro…). Chaque langue possède sa ou ses méthodes pour transcrire le russe.  Le chinois, en plus du pinyin (qui possède différentes versions), a été romanisée avec le système Wade-Gyles, celui de Yale et celui de l’EFEO pour ne citer qu’eux (les sinogrammes et leurs transcription constituent un cas légèrement différent de celui exposé ici).

Apprendre un alphabet nouveau comme sur des roulettes

Calvin n’est pas Lance Armstrong

Quand je commence à apprendre une langue qui n’utilise pas nos chères lettres latines, il m’est généralement très facile de trouver un bon manuel. J’élimine tous ceux qui utilisent une romanisation de l’alphabet sur plus d’une leçon (l’extrême majorité), et je me retrouve avec un ou deux livres, souvent de meilleure qualité que tout le reste. Le fait d’utiliser l’alphabet latin plutôt que celui de la langue cible révèle, en plus de ce que ce nous avons vu précédemment, d’une intention biaisée des éditeurs. Ces derniers, il faut les comprendre, ont comme but premier de vendre du papier Votre niveau de langue n’est qu’un objectif très secondaire. Si vous proposiez à un enfant qui a peur de tomber si il préfère garder les petites roues ou les enlever, il préférera supporter toute sa vie la honte de rouler à quatre roues. Les fabricants de vélo n’auraient aucun problème à créer des petites roues de compétition si la survie de leur commerce en dépendait. Ce sont les effets combinés de la pression familiale, de la recherche de la performance et de la peur de la honte qui font que le tour de France ne se coure pas en tricycle.

En apprenant avec l’alphabet latin une langue qui utilise une autre écriture, vous êtes tel l’enfant qui refuse de retirer les petites roues. Croyez moi, je ne connais que trop bien cette angoisse de voir mon papa les dévisser. Et puis, comme tant d’autres enfants, je me suis vite rendu compte que les roues étaient non seulement inutiles mais génaient le bon équilibre d’un vélo. La seule difficulté, comme souvent dans les domaines de l’auto-apprentissage, c’est que c’est maintenant à vous de sortir votre tournevis.

Cet alphabet est trop difficile !

Parallèlement, je tiens à répondre à tous ceux qui refusent d’apprendre une langue simplement parce qu’elle utilise un autre alphabet. Je maintiens qu’il est plus facile d’apprendre ce genre de langues. Tout d’abord, il vous sera plus facile de ne pas mélanger les langues dans votre tête. Il m’arrive souvent (honte à moi), de faire des anglicismes ou des germanismes quand j’écris en français (ce qui est fâcheux devant cinquante élèves). Cela n’arriverait pas ou si peu si ces langues utilisaient leur propre système d’écriture. Ensuite, comme je l’ai écrit plus haut, votre accent sera souvent meilleur avec une langue d’un autre alphabet. J’en prends pour exemple toutes les prononciations hasardeuses de mots anglais de mes chers concitoyens, particulièrement en ce qui concerne les voyelles. Enfin, le facteur social doit aussi être pris en considération. Il ne faut jamais sous estimer sa propre vanité lorsque l’on s’engage dans un processus d’apprentissage. Il est toujours valorisant de maîtriser d’autres systèmes d’écriture.

Enfin et surout, un système d’écriture est le véhicule de langues qui véhiculent elles mêmes une culture. Chaque choix de graphie est ainsi l’expression d’une culture. Si jamais la (courte) période d’apprentissage d’une graphie vous paraît fastidieuse, intéressez vous à l’histoire de l’alphabet en question, des différentes étapes qui ont fait ce qu’il est, de la naissance des cultures jusqu’à aujourd’hui. Vous apprendrez beaucoup dans ce processus passionnant, et vous en tirerez la motivation nécéssaire pour apprendre les quelques caractères qui vous manquent. A partir de là, rien ne peut vous arrêter !

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Matériel d'apprentissage Premiers pas

Regarder un film en VO

Il est souvent difficile de savoir à quel moment il faut commencer à lire un livre en langue originale ou regarder un film ou une série en VO. Je n’aurais pas besoin d’écrire un long article pour vous dire pourquoi : si vous vous posez la question c’est qu’il est temps de vous y mettre. Quoi, ma certitude ne suffit pas à vous convaincre? Mon charisme naturel ne rend pas bien sur votre écran ? Vous ne vous en croyez pas capable ? Ne vous inquiétez pas et continuez à lire…

Il y a tant de choses que je n’arrive pas à comprendre…

Dans un des mes cours particuliers, j’aidais un enfant français vivant à l’étranger à lire et à écrire dans la langue de Racine. Après avoir passé un an à voir avec lui une à une les règles de grammaire, j’ai décidé qu’il était temps de se mettre à lire un « bibliothèques rose » : Le clan des sept. Je n’étais pas sûr de la réussite de mon plan, tant le vocabulaire et la grammaire des traductions des livres de Blyton étaient à des années lumières du français qu’il apprenait. Mes peurs se sont réalisées ; à chaque fois ou presque que je lui demandais l’explication d’un mot ou d’un élément grammatical, il me regardait avec de grands yeux ronds en haussant les épaules. Je finis le cours un petit peu déprimé, comme après une journée de travail mal fait, quand il me dit soudain : « je peux continuer à lire tout seul à la maison? ».

Le soir, je me suis souvenu que quand ma mère me lisait ces mêmes histoires, je ne comprenais pas tout ce qu’elle me racontait, j’étais juste bercé par sa voix à la lumière de la veilleuse, sans aucune exigence de ce que je devais comprendre ou non. Nous avons, pour la plupart d’entre nous été éduqués dans une peur profonde de l’échec, souvent couplée d’un besoin de tout contrôler. Cette peur nous a souvent poussé à ne sortir que très rarement de notre zone de confort. Et quand bien même nous le faisons, nous passons notre temps à nous donner de bonnes raisons pour retourner là où nous nous sentons plus en sécurité.

Soyez un enfant de 7 ans !

La lecture du premier bibliothèque rose fut sans doute l’une des plus grandes réussites intellectuelles de notre vie. Nous l’avons trop souvent oublié. Si vous trouvez qu’apprendre une langue est un processus difficile, rappelez-vous que nous l’avons tous fait étant enfant. Quand un enfant de CP dit qu’il est trop difficile de lire, qu’il n’y arrivera jamais, il est le plus souvent renvoyé sèchement à ses études. Or, beaucoup d’entre nous ont vraiment vécu l’apprentissage de la lecture comme une épreuve insurmontable. Même si nous avons de nombreuses fois fait face à l’échec, nous avons tous fini par réussir (c’est du moins votre cas si vous êtes en train de lire cet article). Vous n’êtes plus un enfant de 7 ans, votre mère n’est probablement plus là pour vous dire de faire vos devoirs. Il faut donc être votre propre tuteur. Si vous vous posez la question si il est temps de voir un film en vo sans les sous-titres ou de lire un livre en langue originale, écoutez cette voix et mettez vous-y dès maintenant.

Je fais partie de la catégorie des personnes que l’on appelle vulgairement les feignants. Ainsi, il m’est souvent arrivé, surtout en chinois, de lire les premières pages d’un livre pour finir par le laisser sur le coin de mon bureau et finir par le ranger dans son étagère au bout de quelques semaines. Une expérience similaire vous est sans doute déjà arrivée. Ce dont il faut bien se rendre compte, c’est du sésame qu’il existe au bout du livre que vous lisez, du film que vous regardez. Quand vous l’aurez terminé, le prochain sera moins compliqué, vous comprendrez plus, et, plus important, vous y prendrez toujours et toujours plus de plaisir.

Lire un livre ou voir un film en V.O, c’est la dernière étape vers la maîtrise de la langue, celle où tous vos efforts vont finir par être récompensés (du moins au niveau de la compréhension, mais l’expression finit toujours par suivre). C’est aussi le moment où vous allez continuer à apprendre sans vous en rendre compte, en lisant simplement un bon livre ou en regardant la télévision. C’est ce que j’appelle le haut de la montagne. Cela vaut bien un tout petit peu de sévérité au début n’est-ce pas ? Quitte à vous renvoyer dans votre chambre quand votre petit enfant intérieur vous dira : « C’est trop dur, j’y arrive pas ».

Je vous vois froncer des sourcils. Suffit-il, pour un débutant, de lire un livre sur l’eucharistie au XVIe siècle en espagnol pour devenir bilingue me demandera le lecteur narcissique ? Bien sur que non, il vous faudra vous rendre compte si la difficulté de lecture résulte du fait que vous êtes hors de votre zone de confort ou si vous êtes juste dans les choux.

Ile soir

Le syndrome Robinson Crusoé

Je vous ai parlé de l’accomplissement exceptionnel que procure la lecture du premier bibliothèque rose. Laissez moi maintenant vous parler d’une expérience opposée mais pas contradictoire. En CE2, notre maîtresse nous avait donné comme tâche de lire un livre toutes les deux semaines. Il y en avait un que personne n’osait prendre, car la maîtresse nous avait dit à quel point il était difficile: Robinson Crusoé. Ne doutant de rien, et sans un certain snobisme envers mes camarades, j’ai décidé de me lancer à la tâche. J’aurais très vite du me rendre à l’évidence que ce livre était bien trop difficile pour moi. Au lieu de ça, j’ai préféré m’acharner bêtement à lire un livre que je ne comprenais pas du tout. Pendant des journées entières, je regardais les pages dans le vide assis sur mon bureau à construire un sentiment d’échec et d’impuissance. Cette expérience banale a été pour moi un vrai traumatisme, à tel point que j’ai mis quatre ans à relire un roman et plus d’une dizaine à aimer la littérature.

Que nous apprend cette petite anecdote de divan ? Que pour pouvoir tirer quelque chose d’un livre ou d’un film en langue originale, il faudra avant tout en tirer du plaisir. Cette remarque est d’après moi valable pour tout processus d’apprentissage. Le fait que Robinson Crusoé était difficile pour moi importait peu, ce qui a compté c’est que je me suis mis un point d’honneur à comprendre chaque phrase de ce texte, ce qui m’a amené à tomber dans un cercle vicieux. Peu importe que vous ne compreniez presque rien à ce que vous lisez/regardez, l’important est de vous sentir grandi par cette expérience. Difficulté et plaisir ne sont pas contradictoires, mais nous avons souvent développé un lien entre les deux, lien qui nous empêche d’avancer. Si vous avez un sentiment d’avancer lorsque vous posez le livre, si vous avez appris ne serai-ce qu’un mot, qu’une expression, qu’une tournure grammaticale, faites taire la petite voix qui vous dit que c’est trop difficile. Vous êtes en route pour la gloire !

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Général Premiers pas

Définir ses objectifs

En seulement quelques années de pratique de l’enseignement des langues, j’ai pu voir un nombre impressionant d’élèves motivés et travailleurs stagner rapidement puis abandonner. Ces élèves avaient tous quelque chose en commun. Ils ne savaient tout simplement pas pourquoi ils venaient en cours. Laissez moi vous guider le long de ces questionnements de base. Cela vous permettra de partir sur de bons rails pour atteindre vos objectifs linguistiques. Nous allons prendre l’exemple très inspiré d’une personne ayant aimé les films d’Hayao Miyazaki et qui voudrait apprendre le japonais. Nous l’appellerons Jeannine.

1. Pourquoi apprendre une langue

C’est la première question. C’est votre fil rouge, celui qui fera que vous continuerez à apprendre, à avancer quand la motivation vous fera défaut. Certains veulent maîtriser une langue pour faciliter leur carrière, d’autres veulent savoir lire un auteur dans sa langue originale, d’autres encore rêvent de séduire dans une autre langue. Il existe autant de raisons d’apprendre que d’apprenants. Plus cette raison est précise, plus elle sera une aide précieuse dans l’apprentissage. Ainsi :

Je veux apprendre le japonais car j’aime le cinéma nippon. Je veux comprendre la sensibilité de Miyazaki et de ses personnages sans avoir à passer par les sous-titres. Je veux aussi saisir la raison pour laquelle certaines voix nous semblent surjouées, pourquoi certaines longues phrases sont traduites en une onomatopée et surtout la complexité des rapports sociaux que l’on ne peut retranscrire en français.

sera mieux que :

Je veux apprendre le japonais parce que j’aime Miyazaki.

2. Quel est le but à atteindre.

C’est la deuxième question. Elle est intimement liée à la raison pour laquelle on apprend une langue. Comprendre les blagues racistes de son beau père dans les dîners de famille ne demande pas la même assiduité que de devenir pilote de fusée Soyouz (quoi que…). Les objectifs changent régulièrement. Notre amatrice de Miyazaki se rendra par exemple sans doute rapidement compte que la clarté de diction des films de son idole en rendent la compréhension un objectif à moyen terme. Il lui faudra donc, à un certain moment, redéfinir ses objectifs. De nouveau, un objectif clair et bien défini sera plus facile à atteindre qu’un objectif flou (cela est valable pour tout ce qui touche au développement personnel).

Je classe les objectifs en trois catégories. Tout d’abord, l’objectif de l’examen. Chaque langue dispose de son ou ses examens de niveau,. Vouloir passer un examen est un bon objectif à moyen terme. Attention cependant, un examen, aussi bien pensé soit-il, ne peut attéster de la maîtrise d’une langue dans son intégralité. Par extension, vous progresserez souvent plus lentement si vous étudiez pour un examen que pour d’autres raisons. En effet, les questions, souvent formatées, surtout lorsqu’il s’agit de questionnaires à choix multiples, vous feront acquérir des compétences difficilement utilisables dans la vie de tous les jours.

Ensuite, il y a l’objectif que j’utilise le plus souvent, à savoir celui de parler/écrire aussi bien qu’une personne. Cette personne peut soit être fictive soit réelle. Ainsi, vous pouvez commencer à vouloir parler comme un enfant de deux ans, en apprenant quelques mots de la vie pratique articulés autour d’une grammaire inexistante. Vous pouvez ensuite vous fixer comme objectif d’apprendre aussi bien qu’un enfant de primaire, puis qu »un collègien. Ou plus simplement, vous pouvez être motivé de battre votre voisine au prochain contrôle d’anglais. La concurrence directe n’est pas ma tasse de thé mais tous les chemins mènent au latin. Cette catégorie a comme particularité, avantage ou pas, d’être assez subjective, il vous faudra donc une certaine honnêteté pour pouvoir réussir.

Enfin, vous pouvez vous fixer comme tâche de comprendre une œuvre littéraire ou cinématographique. Il s’agira ici de ne pas revenir à l’œuvre en question que quand vous penserez avoir atteint le niveau nécessaire pour la comprendre. Vous pouvez, bien évidement, vous servir d’une œuvre comme méthode d’apprentissage comme nous le verrons plus tard dans la méthode Rahan. Notez cependant qu’il s’agit d’un moyen d’apprentissage, pas d’un moyen de se fixer un objectif. En effet, il est très difficile de noter ses propres progrès lorsque l’on revient trop régulièrement sur le matériel que l’on souhaite étudier.

3. D’où part-on ?

Pour finir, il faudra vous demander où vous en êtes actuellement. Je conseille de tenir un journal de langues pour tenir compte de vos progrès. Si vous ne le faites pas, écrivez au moins quelques mots sur un bout de papier sur votre niveau actuel. Vous pouvez aussi très bien regarder un film ou quelques pages d’un livre pour voir où vous vous situez. Jauger son niveau n’est pas important quand on commence à apprendre ou à réapprendre une langue, mais bel et bien dans ce moment fatidique et implacable où vous aurez envie de tout abandonner.

Revenons à Jeannine, qui vient de découvrir ‘Nausicaa de la Vallée du Vent’. Après un premier visionnage avec les sous titres français, elle a la bonne idée de le regarder à nouveau, sans les sous-titres cette fois-ci. L’expérience est une catastrophe, Jeannine ne comprend rien où très peu. Elle écrit donc sur le dos d’une carte de visite récupérée à la Japan Expo :

J’ai regardé les 20 premières minutes de Nausicaa, j’ai rien compris à part le nom des personnages et les suffixes honorifiques.

A ce moment là, Jeannine pense avoir fait face à un échec cuisant, mais elle vient au contraire de poser le premier pic qui allait lui permettre de gravir le mont Fuji (je ne crois pas qu’il se monte en cordée, j’aurais préféré dire Everest mais Jeannine n’apprend pas le népalais). En effet, la prochaine fois qu’elle se tapera un coup de déprime narcissique sur son niveau de japonais catastrophique dans quelques mois, elle pourra regarder une troisième fois Nausicaa (je reviendrais ultérieurement sur l’adjectif narcissique).

Grâce à ses notes, elle pourra se rendre compte qu’elle comprend quelques Kanjis dans les crédits du début ou que certaines phrases de bases lui sont familières. Comme pour la définition du but à atteindre, il est aussi possible de définir son niveau actuel par une échelle prédéfinie (celle du CECRL me paraît la plus précise), ou encore en se comparant à une autre personne, comme nous l’avons vu précédement.

Quoi qu’il en soit, bien définir ses objectifs est d’une importance capitale. Je vais terminer avec une citation usée jusqu’à la moëlle, mais dont la morale simple ne nous échappe trop souvent : « rien se sert de courir, il faut partir à point »