Définir ses objectifs

Général, Premiers pas

En seulement quelques années de pratique de l’enseignement des langues, j’ai pu voir un nombre impressionant d’élèves motivés et travailleurs stagner rapidement puis abandonner. Ces élèves avaient tous quelque chose en commun. Ils ne savaient tout simplement pas pourquoi ils venaient en cours. Laissez moi vous guider le long de ces questionnements de base. Cela vous permettra de partir sur de bons rails pour atteindre vos objectifs linguistiques. Nous allons prendre l’exemple très inspiré d’une personne ayant aimé les films d’Hayao Miyazaki et qui voudrait apprendre le japonais. Nous l’appellerons Jeannine.

1. Pourquoi apprendre une langue

C’est la première question. C’est votre fil rouge, celui qui fera que vous continuerez à apprendre, à avancer quand la motivation vous fera défaut. Certains veulent maîtriser une langue pour faciliter leur carrière, d’autres veulent savoir lire un auteur dans sa langue originale, d’autres encore rêvent de séduire dans une autre langue. Il existe autant de raisons d’apprendre que d’apprenants. Plus cette raison est précise, plus elle sera une aide précieuse dans l’apprentissage. Ainsi :

Je veux apprendre le japonais car j’aime le cinéma nippon. Je veux comprendre la sensibilité de Miyazaki et de ses personnages sans avoir à passer par les sous-titres. Je veux aussi saisir la raison pour laquelle certaines voix nous semblent surjouées, pourquoi certaines longues phrases sont traduites en une onomatopée et surtout la complexité des rapports sociaux que l’on ne peut retranscrire en français.

sera mieux que :

Je veux apprendre le japonais parce que j’aime Miyazaki.

2. Quel est le but à atteindre.

C’est la deuxième question. Elle est intimement liée à la raison pour laquelle on apprend une langue. Comprendre les blagues racistes de son beau père dans les dîners de famille ne demande pas la même assiduité que de devenir pilote de fusée Soyouz (quoi que…). Les objectifs changent régulièrement. Notre amatrice de Miyazaki se rendra par exemple sans doute rapidement compte que la clarté de diction des films de son idole en rendent la compréhension un objectif à moyen terme. Il lui faudra donc, à un certain moment, redéfinir ses objectifs. De nouveau, un objectif clair et bien défini sera plus facile à atteindre qu’un objectif flou (cela est valable pour tout ce qui touche au développement personnel).

Je classe les objectifs en trois catégories. Tout d’abord, l’objectif de l’examen. Chaque langue dispose de son ou ses examens de niveau,. Vouloir passer un examen est un bon objectif à moyen terme. Attention cependant, un examen, aussi bien pensé soit-il, ne peut attéster de la maîtrise d’une langue dans son intégralité. Par extension, vous progresserez souvent plus lentement si vous étudiez pour un examen que pour d’autres raisons. En effet, les questions, souvent formatées, surtout lorsqu’il s’agit de questionnaires à choix multiples, vous feront acquérir des compétences difficilement utilisables dans la vie de tous les jours.

Ensuite, il y a l’objectif que j’utilise le plus souvent, à savoir celui de parler/écrire aussi bien qu’une personne. Cette personne peut soit être fictive soit réelle. Ainsi, vous pouvez commencer à vouloir parler comme un enfant de deux ans, en apprenant quelques mots de la vie pratique articulés autour d’une grammaire inexistante. Vous pouvez ensuite vous fixer comme objectif d’apprendre aussi bien qu’un enfant de primaire, puis qu”un collègien. Ou plus simplement, vous pouvez être motivé de battre votre voisine au prochain contrôle d’anglais. La concurrence directe n’est pas ma tasse de thé mais tous les chemins mènent au latin. Cette catégorie a comme particularité, avantage ou pas, d’être assez subjective, il vous faudra donc une certaine honnêteté pour pouvoir réussir.

Enfin, vous pouvez vous fixer comme tâche de comprendre une œuvre littéraire ou cinématographique. Il s’agira ici de ne pas revenir à l’œuvre en question que quand vous penserez avoir atteint le niveau nécessaire pour la comprendre. Vous pouvez, bien évidement, vous servir d’une œuvre comme méthode d’apprentissage comme nous le verrons plus tard dans la méthode Rahan. Notez cependant qu’il s’agit d’un moyen d’apprentissage, pas d’un moyen de se fixer un objectif. En effet, il est très difficile de noter ses propres progrès lorsque l’on revient trop régulièrement sur le matériel que l’on souhaite étudier.

3. D’où part-on ?

Pour finir, il faudra vous demander où vous en êtes actuellement. Je conseille de tenir un journal de langues pour tenir compte de vos progrès. Si vous ne le faites pas, écrivez au moins quelques mots sur un bout de papier sur votre niveau actuel. Vous pouvez aussi très bien regarder un film ou quelques pages d’un livre pour voir où vous vous situez. Jauger son niveau n’est pas important quand on commence à apprendre ou à réapprendre une langue, mais bel et bien dans ce moment fatidique et implacable où vous aurez envie de tout abandonner.

Revenons à Jeannine, qui vient de découvrir ‘Nausicaa de la Vallée du Vent’. Après un premier visionnage avec les sous titres français, elle a la bonne idée de le regarder à nouveau, sans les sous-titres cette fois-ci. L’expérience est une catastrophe, Jeannine ne comprend rien où très peu. Elle écrit donc sur le dos d’une carte de visite récupérée à la Japan Expo :

J’ai regardé les 20 premières minutes de Nausicaa, j’ai rien compris à part le nom des personnages et les suffixes honorifiques.

A ce moment là, Jeannine pense avoir fait face à un échec cuisant, mais elle vient au contraire de poser le premier pic qui allait lui permettre de gravir le mont Fuji (je ne crois pas qu’il se monte en cordée, j’aurais préféré dire Everest mais Jeannine n’apprend pas le népalais). En effet, la prochaine fois qu’elle se tapera un coup de déprime narcissique sur son niveau de japonais catastrophique dans quelques mois, elle pourra regarder une troisième fois Nausicaa (je reviendrais ultérieurement sur l’adjectif narcissique).

Grâce à ses notes, elle pourra se rendre compte qu’elle comprend quelques Kanjis dans les crédits du début ou que certaines phrases de bases lui sont familières. Comme pour la définition du but à atteindre, il est aussi possible de définir son niveau actuel par une échelle prédéfinie (celle du CECRL me paraît la plus précise), ou encore en se comparant à une autre personne, comme nous l’avons vu précédement.

Quoi qu’il en soit, bien définir ses objectifs est d’une importance capitale. Je vais terminer avec une citation usée jusqu’à la moëlle, mais dont la morale simple ne nous échappe trop souvent : « rien se sert de courir, il faut partir à point »

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    • #96
      Romain
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      • Ce sujet a été modifié le il y a 4 années par Romain.
    • #617
      Zzzz
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      Super article! Merci!

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